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Daddy Love par Joyce Carol Oates

Dady Love, ou le héros le plus antipathique qui soit. Le plus repoussant, le plus abominable. Mais il est aussi celui qui fascine, dans toute son horreur, et c'est pourquoi ce livre est si prenant.

Avril 2016
272 pages
18 € / 12,99 € ebook
ISBN 9782848765105


Résumé de l'éditeur
Avec Daddy Love, Oates emmène son lecteur aux frontières de l’horreur. Une horreur qui commence dans le centre commercial où Robbie, cinq ans, l’enfant chéri des Whitcomb, est enlevé sous les yeux de sa mère. Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons dont il se débarrasse dès qu’ils atteignent onze ou douze ans. Devenu « Gideon », Robbie va ainsi passer sept ans à « obéir » à Daddy Love afin de survivre aux traitements abominables que celui-ci lui fait subir.



Daddy Love, c'est tout un personnage. Un être sois-disant élu par Dieu, et pour lui tout spécialement sont envoyés des enfants sur Terre. A lui ensuite de savoir les repérer et de les soustraire de l'univers nocif dans lequel ils sont nés. 

Jamais l'auteur ne juge ses personnages, aucun adjectif du narrateur ne viendra qualifier tel ou tel acte. Bien sur, le texte n'est pas neutre et c'est ce qui fait la particularité du roman. On a l'impression que le narrateur laisse la parole à ses personnages. C'est comme si, très souvent, on entrait dans leurs têtes et que l'on lisait leurs pensées. Un phénomène perturbant, qui donne la sensation que Daddy Love parle de lui à la troisième personne. En effet, son nom est répété très régulièrement, comme une litanie. Et plus son nom est répété, plus un sentiment d'horreur chez le lecteur se développe à son égard. Entre dégoût et répulsion, on lit parce qu'on est pris au piège du voyeurisme.


Daddy Love caressa la tête de l'enfant. Le petit buisson de ses cheveux bouclés-frisés, si excitant. Daddy Love se pencha vers l'enfant pour poser ses lèvres sur son front, anormalement froid, et l'enfant eut enfin un mouvement de recul, se mit à haleter et à pleurer comme le ferait un petit animal blessé.



Ce livre se divise en trois époques : il y a la période de l'enlèvement et le choc de l'enfant, celle où l'enfant a grandit et s'acclimate comme il peut, et puis vient le moment où l'enfant comprends que ce n'est pas une situation normale et où il s'échappe. En fait, ce roman pose les bases d'une réflexion sur l'éducation de l'enfant : dans quelle mesure est-il conditionné par l'instruction qu'on lui donne ? Daddy Love apprend Robbie à répondre à un nouveau prénom, Gidéon, à obéir sans discuter ni hésiter. Plus largement, le roman pose aussi des questions d'ordre psychologique : comment survit-on à un tel choc, que ce soit pour l'enfant ou pour les parents ?

Daddy Love est un livre face auquel on ne peut pas rester indifférent. Le personnage principal est trop cinglé, trop détestable, trop nauséeux pour que l'on reste insensible. Mais paradoxalement, je ne me suis pas plus attachée au garçon. L'auteur ne le victimise pas : les abus qu'il subit, par exemple, ne sont pas dit clairement. Tout est voilé, camouflé. Cela n'empêche pas de comprendre, mais cela n'attire pas spécialement la pitié sur le gamin. Plus tard, quand il commence à se révolter, il est divisé entre deux identités, entre Robbie et Gidéon. Cette fracture laisse penser que lui aussi est devenu fou - ou du moins qu'il est sérieusement bouleversé psychologiquement. Là encore, rien n'est fait pour appeler la pitié sur lui. L'auteur raconte simplement ce qu'il se passe dans sa tête, quelle est sa logique.

En fait, ce livre m'a fascinée parce que j'ai eu l'impression de rentrer dans la tête d'un monstre et de celles de ses victimes. Un aspect de voyeurisme qui m'a emportée sans même que je m'en rende compte. Et puis la fin, comment éviter de parler de la fin ? J. C. Oates laisse la fin de son roman sur des portes grandes ouvertes. Une scène dérangeante, abrupte, qui pose beaucoup plus de question en quelques lignes que l'a fait le roman tout entier. Cette scène est-elle une vision de la mère inquiète, qui jamais ne se remettra de ce qu'elle a enduré ? Est-elle la réalité ? Au lecteur de se triturer les méninges pour (tenter de) comprendre.


A lire pour une écriture cruelle avec nous, lecteurs,
et pour le portrait d'un pédophile plus que dérangeant.







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